Biloxi 48
Distribution

D'Amélie Nothomb

Avec  Stéphanie Blanchoud, Nathalie Cornet, Jessica Gazon ou Catherine Decrolier, Ingrid Heiderscheidt, Michel Hinderyckx
Adaptation, mise en scène et scénographie Christine Delmotte
Assistanat mise en scène  Elise Vandergoten 

Eclairages, direction technique et réalisation scénographie Nathalie Borlée 

Réalisation bande son Lorenzo Chiandotto 

Réalisation costumes Cathy Peraux 

Assistante à la réalisation costumes et habillage Olivia Vandendriessche 

Chorégraphie Antoine Guillaume 

Réalisation images Nathalie Borlée, Fanny Piet, Maude Piette, Aurélie Perret, Laurence Devrard

Cinématographie Virginie Saint-Martin

Assistante cinématographie Katia Vilaseca Torres 

Ingénieur son cinématographie Hélène Lamy au Rousseau 

Monteuse cinématographie Laora Bardos-Feltoronyi 

Régie son – lumières création Pierre Hendrickx 

Régie plateau – vidéo – images création Arthur Carton 

Régie tournée Pierre Hendrickx et Gary Lacourt 

Assistanat général Gabrielle Dailly ou Anna Giolo

Dates de création
Du 24 avril au 30 mai 2009
Théâtre de la place des Martyrs
Dates de tournées
Du 23 novembre 2010 au 14 janvier 2011
Belgique francophone
Biographie de la faim

"La faim, c'est moi". Dans ce récit autobiographique, Amélie Nothomb nous livre les vingt premières années de sa riche existence. Elle nous raconte ses jeunes années à travers le prisme de la faim. Il ne s'agit pas seulement de la faim de nourriture, mais aussi de la faim d'amour, de livres, d'écriture, et d'une folle curiosité pour la vie.

Fille de diplomate, Amélie est ballottée de pays en pays. Une enfance et une adolescence faites de voyages, de l'Asie à l'Amérique, en passant par l'Europe. Entre sa soif de vie et sa faim de découvertes, elle raconte aussi les épreuves qu'elle a dû traverser. Née au Japon, qui reste à jamais pour elle une sorte de paradis perdu, elle connaîtra successivement les chocs culturels de la Chine communiste, de l'Amérique capitaliste, du Bengladesh tiers-mondiste.

« À sept ans, j'eus la sensation précise que tout m'était déjà arrivé.

Je récapitulai, afin d'être certaine de n'avoir rien oublié du parcours humain: j'avais connu la divinité et son absolue satisfaction, j'avais connu la naissance, la colère, l'incompréhension, le plaisir, le langage, les accidents, les fleurs, les autres, les poissons, la pluie, le suicide, le salut, l'école, la destitution, l'arrachement, l'exil, le désert, la maladie, la croissance et le sentiment de perte qui lui était attaché, la guerre, la griserie d'avoir un ennemi, l'alcool - last but not least -, j'avais connu l'amour, cette flèche si bien lancée dans le vide.

À part la mort que j'avais frôlée plusieurs fois et qui remettrait le compteur à zéro, que pouvais-je encore découvrir?

Ma mère me parla d'une dame qui avait trépassé en mangeant un champignon vénéneux, par erreur. Je demandai quel était son âge. " Quarante-neuf ans ", répondit-elle. Sept fois mon âge : de qui se moquait-on ? Où était le problème de mourir après une vie d'une longueur aussi insensée ?

Un vertige me prit à l'idée que le providentiel champignon me trouverait à un âge aussi lointain : faudrait-il encore subir sept fois ma vie avant d'en atteindre le terme ?

Je me rassurai : je fixai mon décès à douze ans. Un soulagement profond s'empara de moi. Douze ans, c'était un âge idéal pour mourir. Il fallait partir avant le début du processus de décrépitude.

Cela dit, il me restait cinq années à tirer. Allais-je m'ennuyer ?

Je me rappelai qu'à l'âge de trois ans, juste après ma tentative de suicide, j'avais déjà eu cette conviction écœurée d'avoir tout vécu. Or, s'il était vrai qu'à cet instant ancien je n'avais plus rien à apprendre quant à la suprême désillusion de l'absence d'éternité, je n'en avais pas moins découvert, depuis lors, des aventures qui valaient le détour. Par exemple, il m'eût manqué la guerre, dont la jouissance était sans égale.

Donc, il n'était pas à exclure que je ne pusse encore connaître ce dont je n'avais pas fait l'expérience.

Cette pensée était à la fois agréable et frustrante. La curiosité me taraudait : quelles seraient ces choses que mon esprit ne parvenait pas à appréhender ?

À force de réflexion, je tombai sur une possibilité qui m'avait échappé : j'avais connu l'amour, mais je n'avais jamais connu le bonheur amoureux. Il me sembla soudain inconcevable de mourir sans avoir connu une ivresse aussi inimaginable.»

 

Extraits de AMELIE NOTHOMB, Biographie de la faim,
Editions Albin Michel, 2004.

Production

Une production de la Compagnie Biloxi 48

Avec l'aide du Ministère de la communauté française, Direction générale de la Culture – Service Théâtre